TEMPS DE TRAVAIL DES PRATICIENS HOSPITALIERS : NE NOUS TROMPONS PAS DE DIAGNOSTIC
Le « fameux » rapport IGAS-IGF consacré au temps de travail des praticiens hospitaliers, à l’origine de la circulaire RIST publiée à la mi-juillet, évoque de manière pour le moins surprenante une inefficience du temps médical hospitalier au regard de l’activité.
Plus préoccupant encore, les conclusions qui en découlent semblent conduire à envisager… une diminution significative du nombre de praticiens hospitaliers.
Une lecture attentive de ce rapport invite pourtant à nuancer fortement cette analyse. Les données utilisées sont, pour une large part, antérieures à 2024 et ne permettent donc pas de rendre compte de la réalité actuelle de l’activité hospitalière et de ses évolutions récentes.
À l’inverse, les données communiquées par la Fédération hospitalière de France mettent en évidence une progression très importante de l’activité entre 2023 et 2026 : +10 % de séjours hospitaliers, pour une augmentation des effectifs limitée à 1,5 %, associée par ailleurs à une diminution significative de l’absentéisme.
Ces chiffres méritent d’être mis en regard des missions assumées quotidiennement par l’hôpital public.
Rappelons que les établissements publics assurent notamment :
85 % de la permanence des soins ;
85 % de l’activité de réanimation ;
80 % de la prise en charge hospitalière lors de la pandémie de COVID-19, avec des conséquences durables sur nos organisations et nos équipes, dont nous avons eu, et avons encore, beaucoup de difficultés à nous remettre.
Dans ce contexte, parler « d’inefficience » du temps médical mérite pour le moins d’être questionné.
D’autant que les mêmes analyses mettent en évidence plusieurs facteurs majeurs de contre-attractivité du secteur hospitalier public :
L’obligation de participer à la permanence des soins ;
Les exigences croissantes de solidarité territoriale, avec notamment les équipes de territoire et l’activité multisites ;
Une rémunération qui reste insuffisamment attractive au regard des contraintes et des responsabilités assumées.
Il serait donc possible de tirer de ces constats une conclusion bien différente.
Plutôt que de considérer que la réponse à la progression de l’activité hospitalière serait de réduire encore le nombre de praticiens, ne faudrait-il pas reconnaître que les leviers internes ont déjà été largement mobilisés par les équipes hospitalières ?
Les praticiens hospitaliers ont fait la démonstration de leur capacité à répondre à l’augmentation de la demande de soins, souvent dans des conditions difficiles et avec des effectifs qui progressent beaucoup moins rapidement que l’activité.
La question qui se pose désormais est donc moins celle de « l’efficience » des praticiens hospitaliers que celle d’une répartition équitable des missions, des contraintes et des efforts entre les différents acteurs de notre système de santé.
Le CNCH continuera à porter ce message : l’hôpital public ne peut pas être simultanément le recours, le garant de la permanence des soins et de la solidarité territoriale, tout en étant considéré comme la variable d’ajustement de notre système de santé.
Il est temps de regarder les chiffres dans leur ensemble et de poser le bon diagnostic avant de proposer les mauvais remèdes.